La privacité en amitié telle une subversion

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©photo: Paula Betancourt

Au détour d’une conversation dans un bar récemment j’ai eu l’occasion d’être frappée par l’incompréhension de la part d’une amie. Elle était très surprise et très intriguée par mon refus de dévoiler à l’ensemble du groupe amical une information dont je lui avais fait part auparavant, lui demandant expressément de la garder pour elle.

En plus de n’avoir pas réussi à le garder pour elle car d’après elle, elle n’avait pas bien compris ma demande, elle insistait fort étonnée pour connaître mes raisons.

J’ai essayé de lui expliquer mais elle avait du mal à saisir.

Le fait qu’elle soit si intriguée par mon souhait m’a interpellée. Était-ce si étrange de vouloir garder pour soi certaines informations?

Il me semble pourtant que non. Cela nous est tous arrivés de constater parfois une très ou trop grande curiosité de la part d’amis, sur des sujets aussi variés que nos rencontres amoureuses, l’état de nos finances ou l’évolution de notre recherche d’emploi.

Discourir à foison de tous types de sujets est un des passe-temps favoris de beaucoup d’entre nous. Il est commun d’apprécier le partage et de croire en ses vertus. Mais en même temps, il est aussi normal d’avoir des choses que l’on ressent ou que l’on vit rien que pour soi. Choses dont on ne parle à personne, ou alors à des gens triés sur le volet selon des critères éminemment subjectifs (tel le feeling).

Ce type d’espace semble par moments essentiel. Il peut être constitué de choses, contrairement à ce que les gens peuvent penser de prime abord, pas du tout mystérieuses ou honteuses.

Cela va sans doute à contre-courant de certaines pratiques sociales actuelles. Notamment de la sorte d’impératif de transparence (fausse, puisque toute transparence en matière humaine n’est après tout qu’illusion) que les nouvelles technologies ont en partie contribué à imprégner à nos vies. Elles l’ont fait de facto, avec la possibilité d’être en contact et suivis à la trace 24h sur 24.

Mais je pense qu’il est nécessaire de savoir revendiquer ce droit au privé, à la réserve, au « no disturb ». Y compris dans nos relations les plus intimes.

Le contrôle social est déjà fortement à l’œuvre dans nos vies, notamment par le biais des ragots et des technologies. Il peut donc être exquis et libérateur de savoir se doter d’un « rien qu’à soi ». Comme une délicieuse subversion face à la tyrannie scrutatrice ambiante.